Q comme «QUELLE  BONNE CRÊME » POUR LA MARQUISE DE POMPADOUR ! »




Le village de MENARS, situé sur la rive droite de la Loire, à une dizaine de kilomètres de BLOIS, a vu naître en 1929 la mère de mon mari, Suzanne ROGER. Ses parents y ont vécu plusieurs années, son père travaillant pour la société des chemins de fer, sur la ligne Paris-Orléans-Blois-Tours qui avait été créée dès 1846.


MENARS est indissociable de son magnifique château dominant la Loire dans un cadre idyllique.

Jusqu’en 1629, le hameau de Ménars faisait partie de la commune de Cour-sur-Loire.

Vers 1646, Guillaume CHARRON, conseiller du roi et Trésorier royal des guerres, séduit par la beauté des lieux, fit bâtir une gentilhommière en bord de Loire et acquit de nombreux territoires et forêts. Il devint vicomte de Ménars.

Son héritier et neveu Jean-Jacques CHARRON (1643-1718), président de chambre au Parlement de Paris, et beau-frère de Colbert, agrandit considérablement le domaine, que Louis XIV érigea en marquisat en 1676.

Née à Paris en 1721, Jeanne-Antoinette POISSON épousa en 1741 Charles-Guillaume Le Normant d’Etiolles, mais les époux ont rapidement mené des vies séparées.

En accordant ses faveurs à l’épouse de Monsieur LE NORMANT D’ETIOLLES, le roi Louis XV lui accorda également le titre de Marquise de Pompadour et lui offrit l’Hôtel d’Evreux (actuel Palais de l’Elysée). En 1760, elle acquit le marquisat de Ménars et confia la restauration, l’agrandissement et l’embellissement du château à l’architecte Ange-Jacques Gabriel (créateur, entre autres, du Petit Trianon à Versailles).

Ce palais de rêve, commencé un siècle auparavant, dut sa splendeur au propre frère de la Marquise, que le roi venait de nommer surintendant des bâtiments royaux et Marquis de Vandières qui deviendra ensuite Marquis de Marigny, puis de Ménars.

Les nombreux plans du château furent corrigés par la Marquise elle-même.

Refuge digne de figurer sur la carte du Tendre, ce lieu charmant renfermait un « Temple de l’Amour » imaginé par l’architecte Ange Gabriel.


Château de Ménars (de nos jours)

L’ensemble des travaux ne fut financé que par de royales subventions, cela va de soi.

La favorite ne profita de son château que pendant 4 ans, étant morte à Versailles le 15 Avril 1764 à l’âge de 42 ans.

Les mémoires gardèrent de la Pompadour le souvenir d’une courtisane prodigue, de grâcieuse allure certes, mais hélas de déplorable influence sur les affaires de l’Etat.

Il se trouve que la favorite, outre son côté dispendieux, faisait preuve d’une extrême gourmandise.

Lorsqu’elle séjournait en son paradis de Ménars, elle ne manquait jamais de se délecter d’une fameuse crème qui, jusqu’au début du 20ème siècle, a fait la célébrité d’un village nommé Saint-Gervais-La-Forêt. Elle s’en faisait livrer plusieurs pots tous les jours.

Entre la crème et Saint-Gervais, village limitrophe du sud de Blois, c’est une histoire gourmande qui date de plusieurs siècles et qui a fait la renommée du village sur les plus grandes tables du royaume.

Elle eut l’honneur d’être savourée à la table des rois et des princes qui résidaient au château de Blois.

On retrouve une des premières mentions de la fameuse crème au XVème siècle dans le cartulaire de l’Abbaye de Saint-Laumer.

L’excellence de cette crème venait, d’après les historiens, des prairies situées entre le Cosson et le Beuvron dont les herbes fournissaient le meilleur des laits, et de la fraicheur des caves du bourg de Saint-Gervais (sans doute aussi de la dextérité des crémiers et crémières qui barattaient ce lait).

Madame DEQUOY, la dernière crémière de Saint-Gervais, décédée en 1926, avait obtenu le second prix à l’exposition universelle de 1900.

Il est à noter que par décret du 25 Vendémiaire an II (16 Octobre 1793), alors que le village était connu depuis au moins le VIIIème siècle comme Saint-Gervais-des-Prés, il devint provisoirement « Bonne-Crème » en référence à sa spécialité locale.

Toujours est-il que le village de Saint-Gervais-La-Forêt se trouve sur la rive gauche du fleuve, alors que le château de Ménars se tient sur la rive droite.

Or, à l’époque de la Marquise, la seule route praticable suivait la rive gauche. Aucun autre passage, hormis un chemin vicinal souvent en mauvais état, ne joignait, sur la rive droite, le pont-neuf de Blois au domaine de la Pompadour.

Les livreuses de crème de Saint-Gervais, avec leur petite charrette, devaient donc, tous les jours, longer le fleuve par l’unique route qui existait sur la rive gauche, puis, arrivées à la hauteur du château de Ménars, franchir la Loire en empruntant une barque de passeur.

La Loire étant de nature capricieuse, la traversée en barque pouvait être dangereuse en cas de crue et quasi-impossible en cas de sécheresse, ce qui chagrinait la marquise.

Il était nécessaire, non seulement pour le plaisir de la marquise, mais également pour favoriser les relations commerciales entre la ville de Blois, le domaine de Ménars et les villages se trouvant sur la rive droite du fleuve, d’envisager la création d’une route.

La marquise n’eut aucune peine à obtenir du roi Louis XV la création d’une nouvelle route royale et c’est à cette époque que fut construite la grande route de Blois à Orléans, passant par Ménars, Mer et Beaugency.

Ainsi, les crémières n’avaient plus à traverser le fleuve en barque, risquant la noyade et la perte des pots de crème ! Elles traversaient la Loire par le pont de Blois puis empruntaient la nouvelle route pour rejoindre le château.

Mais, la Marquise avait une autre raison pour exiger la création de cette route qui permettait de rejoindre Paris sans emprunter le pont d’Orléans.

En effet, en 1760, se rendant par la rive gauche à son domaine de Ménars qu’elle venait d’acheter, elle dut emprunter le nouveau pont d’Orléans achevé depuis peu, et les Orléanais l’avaient moquée dans une cinglante épigramme répondant aux critiques faites contre la solidité du nouveau pont, œuvre de l’ingénieur Huppeau :

« Censeurs de notre pont, vous dont l’impertinence va jusqu’à la témérité, Huppeau, par un seul fait, vous réduit au silence : Bien solide est ce pont, ce jour il a porté le plus lourd fardeau de la France ».



Cet affront parvint aux oreilles de la favorite qui, par dépit, jura de ne plus jamais traverser le fleuve en Orléans.

Morale de l’histoire : A chaque chose malheur est bon. Grâce à la gourmandise de la Pompadour et à sa vanité, une route a pu relier Blois à Orléans par la rive droite de la Loire.



P.S : le château de Ménars, porté à l’inventaire des monuments historiques, est privé, et n’est donc pas visitable, ce qui est bien dommage. Il faut se contenter de la superbe vue qu’on peut admirer depuis la rive gauche de la Loire.

Ménars fait partie des 26 communes du Loir et Cher inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO comme paysage culturel.



Sources : - patrimoine, histoire et personnages : mairie de Ménars

  • Bloiscapitale.com : La bonne crème de St Gervais disparue à jamais ?

  • La nouvelle république.fr : la crème c’est toute une histoire !

  • Gallica : Mémoires de la société des sciences et lettres de Loir et Cher

  • Gérard BOUTET : récits folkloriques des pays de Beauce, du Gâtinais et de Sologne

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