H comme l a POULE D’HAUTIL


Le village d’Evecquemont, aviscus mons ou eviscus mons, dans les titres du Moyen-Age, est bâti au sommet d’une colline sur la rive droite de la Seine, au-dessus de Meulan, dans le département du Val d’Oise. Cette colline est appelée « massif de l’Hautil ».


Toute une branche de la famille maternelle de la mère de mon mari a fleuri dans cette région du Vexin au nord-ouest de Paris. C’est là que mes recherches m’ont permis de découvrir l’histoire d’Evecquemont.

Un peu d’histoire :

Un monastère important de l’ordre de Saint-Benoît, relevant de la puissante Abbaye de Fécamp, favorisa le développement du village d’Evecquemont.

Richard-sans-peur, fils de Guillaume Longue-Epée, duc de Normandie, voulant après sa mort, être inhumé à Fécamp, ordonna de construire sur l’emplacement d’une ancienne église, un édifice beaucoup plus vaste où il fit installer un cercueil de pierre qu’il confia à la garde de Chanoines réguliers.

Puis, en présence de quatorze évêques et d’une grande partie de la noblesse, il fit, le 15 Juin 990, consacrer cette église à la Sainte Trinité et lui donna des revenus considérables. Les nobles conviés à cette cérémonie, firent des dons également très importants.

L’Eglise de Fécamp fut ainsi dotée de douze paroisses avec leurs dépendances et les droits de patronage, de sépultures et de représentations qui s’y trouvaient attachés. Mais les chanoines, auxquels était confiée la garde de l’Eglise, se conduisant mal, Richard décida de les remplacer par des religieux de l’ordre de Saint Benoît.

L’âge l’empêchant de réaliser ce projet, il en recommanda, avant sa mort, l’exécution à son fils Richard, surnommé « le Bon ». Ce dernier fit alors venir de Fécamp, sous la conduite du lieutenant Guillaume, l’Abbé de Sainte-Bénigne de Dijon et quelques religieux de ce monastère. Il leur bâtit un cloître et des lieux réguliers.

L’Eglise Notre-Dame de l’Assomption d’Evecquemont figurait au nombre des douze paroisses dont le Pape Calixte II assura la possession en l’an 1119 à l’Abbaye de Fécamp, et que Hugues, Archevêque de Rouen, lui confirma en 1130.

Il y a donc lieu de penser que la fondation du prieuré d’Evecquemont remonte aux premières années du XIème siècle, et que la donation de son église fut consentie à l’Abbaye de Fécamp dès le 9 Juin 990 par Gaultier II, dit « Le Blanc », comte du Vexin.


Vers l’an 1450, la succession de la terre d’Evecquemont passa à Philippe de Valangoujar, dont la fille épousa Jean de Villiers de l’Isle Adam, qualifié de Seigneur d’Evecquemont.


En l’année 1551, le Seigneur d’Evecquemont fit assigner devant le bailli, tous les chefs de famille dudit lieu, pour s’entendre condamner à lui payer 29 années d’arrérages d’un écu de cens pour le droit de pâturage de leurs bestiaux sur les friches de l’Hautil, et de plus, à abattre leurs fours aussitôt qu’il aurait fait réédifier son four banal détruit par ses troupes.


116 habitants comparurent et 14 firent défaut. Parmi les premiers, 26 y compris le prieur, opposèrent l’incompétence du juge, prétendant n’être justiciables que du prieuré.

Les 90 autres reconnurent les droits du seigneur et offrirent, au lieu et place de la redevance réclamée, de s’acquitter envers lui par la fourniture d’une poule que chaque habitant ayant feu et lieu audit Evecquemont s’engagerait à porter en la résidence seigneuriale chaque année au jour de Noël.

Cette proposition ayant été acceptée, une sentence du bailliage d’Evecquemont en date du 12 Juin 1551, pris acte de cet arrangement qui tint quitte lesdits habitants envers le seigneur des 60 sols tournois dus, comme arriéré, et leur accorda, pour l’avenir, la liberté de cuire le pain à leur usage où bon leur semblerait.


Telle est l’origine de cette redevance appelée LA POULE D’HAUTIL.


Le 18 Mai 1782, la terre d’Evecquemont est acquise par Jean Balthazar, Chevalier, Comte d’Adhémar de Montfalcon, Montélimart et Grignan, Seigneur de Thun et d’Evecquemont. Il était le premier écuyer de Madame Elisabeth de France, il fut ambassadeur du roi près de sa Majesté Britannique, Gouverneur de la ville de Dieppe, maréchal de camp des Armées, Chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint Louis. Il fut nommé grand bailli d’épée du bailliage de Meulan le 27 Avril 1783, il représenta Evecquemont aux Etats Généraux à Mantes le 9 Mars 1789, et mourut à Meulan le 17 Novembre 1790.

Suite à l’abolition des droits féodaux, Madame ADHEMAR, par un acte de l’an II de la république (9 Décembre 1793), a fait don à la commune d’Evecquemont de 36 arpents de pâture et de 4 arpents de friches limitrophes.


Ainsi, la poule d’Hautil n’est plus qu’un souvenir auquel reste attaché par reconnaissance le nom d’Adhémar.


Les carrières :

Restons dans les histoires de poules, et évoquons la carrière des poules noires, entre autres.

Le massif de l’Hautil est une butte témoin de gypse, à cheval entre le Val d’Oise et les Yvelines. Son altitude la plus élevée se situe à 185 mètres. Dans cette butte se trouvent 3 masses de gypse de Ludien à 60 mètres de profondeur, sur une épaisseur de 33 mètres. Sous le massif de l’Hautil, il existait une vingtaine de carrières sur 650 hectares, dont près de la moitié sont aujourd’hui effondrées.

Chaque carrière avait un nom : la carrière des poules noires, carrière de fort vache, carrière des Vaux Renard, de la Mécanique, la Sébillotte, de Saint Nicaise, les Fontenelles, la Bérangère, les Closeaux etc…

Le gypse de l’Hautil était exploité de manière artisanale depuis plusieurs siècles, mais à compter du XVIIIème siècle et précisément en 1764, Hocquart de Coubron acheta Vaux, et exploita le gypse pour la fabrication du plâtre, en installant un port à plâtre à Port Maron, sur la Seine.



Les carrières sont exploitées sous terre en piliers tournés trapézoïdaux dans le banc tendre pour plus de stabilité, et rectiligne dans le banc dur. L’exploitation se fait du haut vers le bas. Les murs et les piliers sont couverts d’inscriptions et de graffitis anciens (des noms, des dessins, des dates etc…) témoignant de l’exploitation des carrières depuis des décennies.


Jusque dans les années 1960, cette industrie est très dynamique et finit par péricliter dans les années 1980.


Pendant la seconde guerre mondiale, de nombreuses carrières accessibles ont été utilisées comme abri anti aérien pour la population.

Certaines carrières ont, par la suite, été utilisées pour la culture des champignons. D’ailleurs, au bas de la rue des carrières, à Evecquemont, une champignonnière est toujours en activité et permet d’illustrer la culture des champignons de Paris.


Actuellement, la presque totalité de ces carrières est condamnée en raison du danger, des accidents y étant survenus.



Il est probable que plusieurs des ancêtres de mon mari ont travaillé dans ces carrières et on peut citer Jean BIGNON né vers 1700 et décédé après 1760 qui était carreyeur. Il était un ancêtre à la 7ème génération.


Enfin, le massif de l’Hautil est un site favorable à la culture de la vigne. Au moyen-âge, le « vin de France » qui venait de l’Hautil, était un vin blanc renommé. On retrouve un Jacques BIGNON, grand-père de Jean BIGNON cité précédemment, né vers 1636, décédé en 1716, qui était vigneron à Evecquemont.


Sources : Commune d’Evecquemont, histoire, souvenirs et traditions

KTA : Kafka, mange tes morts

(http://ktakafka.free.fr/inventaire/95/poules_noires/poule_noire.htm)

Exxplore : Les carrières de l’Hautil (à regarder pour les nombreuses photos)

Derelicta : La butte de l’Hautil

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